Instant théâtre

« On me dit, elle a un problème celle-là, un problème ! Vous vous êtes regardés un peu, tout le monde en a des problèmes. Y a pas que moi, c’est top facile de dire ça.

Qui peut se permette de me dire ça, hein, je le permets pas.
Moi, j’ai passé mon temps à penser aux autres, à m’inquiéter, à me faire du sang d’encre comme on dit pour les autres.
Alors je pense à moi,  je m’occupe, je fais attention, je m’entretiens.
On me dit, faut de la bonne volonté pour s’en sortir, mais de la bonne volonté, ils me font rire, ça suffit pas toujours de la bonne volonté.

Je les emmerde ceux-là, j’emmerde les gens heureux, les amoureux qui se donnent la main, qui se parlent tout bas. Y croient peut-être dire des choses vachement intéressantes, y croient peut-être que je sais ce qu’ils se racontent sous leurs messes basses tous ces connards d’amoureux. Je suis passée par ce stade, moi aussi, faut pas croire.
J’emmerde les gens qui se tripotent, qui soufflent, qui se laissent aller, je hais les murmures, les caresses, les gens qui s’enlacent sur les bancs publiques, quelle détresse, quelle pauvreté ! S’embrasser sur les bancs publiques, même pas avoir vingt sacs pour aller à l’hôtel, quelle misère ! C’est pas dépriment de voir ça, je pose la question ?
Eux, ils ne sont qu’au début des problèmes, au préliminaires quoi !
Ils ne savent pas ce qui les attend, tous ces cons, ils ne sont qu’au tout début, aux prémices, parce qu’après, ça va se gâter grave, je préfère vous prévenir, ça va se gâter, ça va être terrible ! TERRIBLE !

Ils me voient et ils me disent, celle là, elle a un problème, alors qu’ils me connaissent même pas. Ils supputent que j’ai un problème, c’est quand même pas marqué sur ma tête à ce que je sache.
Ils me connaissent même pas d’avant, et ils se permettent de parler, de parler sans savoir…

Sans savoir que moi, avant, même encore aujourd’hui, mais surtout avant, c’est que j’étais vachement drôle. Et ouai, ça vous en bouche un coin là, on se dit en me voyant, bla bla bla, bla bla bla bla…
Mais y savent pas que j’étais vachement drôle, ces cons, ils le devinent même pas.

J’arrivais dans un endroit et hop, tout le monde se mettait à rire.
Je vais vous le faire, je vais vous raconter mon best off des blagues drôles, faut que je me rappelle, la meilleure c’était…

Vous savez ce que c’est ça ? [elle fait le bec d’un canard avec sa main et la fait passer dans l’air en ouvrant et en refermant les doigts]
Ben, demandez y repasse…
HAHAHA
C’est pas grave, je vous avais prévenu… »

Xavier Durringer – Dramaturge Français – Chroniques des jours entiers des nuits entières

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